La gifle ( Sujet à la mode, s’il en est )

La gifle

( sujet à la mode, s’il en est )

Nous vivons une époque formidable ou plutôt épique, une pittoresque et épique époque ! Dans le même temps où un gouvernement de la république très soucieux de notre vie privée et familiale mettait en place une loi afin d’ interdire la fessée donnée aux enfants, voilà que le chef dudit gouvernement se fait filmer à la sortie d’une réunion électorale, giflé par un grand adolescent à l’allure d’un duduche pacifique ! La violence du garde du corps du ministre terrassant l’irrespectueux fut inversement proportionnelle au camouflet adressé par celui-ci !

Si je me permets de vous évoquer cette actualité c’est tout simplement en me remémorant une gifle paternelle reçue me semble-t-il à bon escient

Ne vous méprenez pas sur mon intention : il n’est pas question ici de justifier les violences parentales lorsqu’elles deviennent un mode de fonctionnement, la seule communication existante d’une conception brutale de l’autorité et qu’elles révèlent une absence de maitrise de soi et d’une incapacité à donner une autre appréhension de relation normalement affectueuse ; je n’en connais malheureusement que trop les résultats catastrophiques.

L’âge et les cheveux blancs peuvent nous donner envie de témoigner d’un temps qui n’est plus et qui avait une saveur toute particulière auréolée de nos meilleurs souvenirs. Enfants, nous allions à Banyuls une fois l’an, en train ou en voiture. Pour ce qui est du train nous en reparlerons une autre fois tant il y a de choses à dire sur le sujet . Le trajet en voiture quant à lui, était une véritable expédition : il faut savoir qu’en prenant la nationale 20 nous mettions deux jours pour parvenir à destination : il n’y avait ni autoroute ni quatre voies. La halte à l’hôtel de Brive-la-Gaillarde donnait un grand charme à l’expédition. Nous n’étions pas encore dans le midi mais Cahors serait la prochaine étape et nous avions déjà changé de climat. Les routes étaient belles souvent bordées d’arbres mais les chaussées et les véhicules n’avaient rien de commun avec ceux que nous utilisons aujourd’hui. La Simca Aronde et l’Ariane plus tard, tenaient la route comme des sabots quant au freinage il n’était vaguement efficace que par temps sec ! Ces automobiles étaient équipées de grande banquette à l’avant, les ceintures de sécurité n’existaient pas et nous pouvions être installés trois à l’avant comme à l’arrière ! Si les voitures étaient beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui, il ne faut pas imaginer pour autant qu’il n’y avait pas d’embouteillage .

Ce jour-là nous suivions depuis plusieurs minutes une longue file de voitures qui roulaient à petite vitesse quand j’aperçus enfin le responsable du ralentissement : un paysan sur son tracteur rentrant des champs : jeune citadin sûrement fier de son statut d’automobiliste patenté je m’écriais : « regarde Papa c’est un péquenot qui nous emm…  » Tout en conduisant, le bras de mon père parallèle au haut de la banquette avant partit dans la direction de ma joue située juste à la hauteur de celui-ci et se retournant, je recevais une gifle mémorable en signe de réponse. « Petit c.,  tu n’as pas honte tes grand- parents étaient des paysans et tu ne dois pas parler d’eux comme cela !  »

Mes parents, mes grands-parents, fils spirituels de Charles Péguy et de Simone Weil avaient un profond respect pour le travail de la terre et j’ai eu cette chance d’hériter – même quelque fois à travers un geste manifestant avec force ce respect du aux paysans – de cette admiration pour ce noble métier. Enfant il ne me serait pas venu à l’idée de mal parler d’un religieux ou d’une religieuse et ce jour-là j’ai compris que pour mes parents, ceux qui travaillaient la terre, se devaient de recevoir et méritaient les mêmes égards que ceux qui avaient eu la grâce d’une vocation sacerdotale. Ma parole avait eu valeur d’injure et blessait leur histoire familiale, l’histoire de leurs origines et j’ai compris à mon détriment qu’il est des métiers qui méritent respect et admiration, dont on ne parle pas avec légèreté pour en dénigrer l’aspect austère ou rustique – aujourd’hui je dirai même que ce qualificatif de rusticité deviendrait plus tard pour moi une qualité –

Aussi, plus tard, en 1976 ayant abandonné mon poste d’enseignant parisien pour la vie banyulencque, il me sera plus facile d’épouser cette condition paysanne dont je serai fier !

À Banyuls sur mer, le 25 janvier 2017

Marc Parcé.

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Léon Parcé nouvelle génération, 24 juillet 2016.


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